Des associations mobilisées contre l’intensification de l’exploitation des forêts domaniales des Hauts-de-France

Le collectif SOS Forêt Ile-de-France/Hauts-de-France/ Normandie a rassemblé le 15 septembre 2018 à la mairie de Saint-Gobain une dizaine d’associations, soit une vingtaine de participants tous préoccupés par le sort réservé aux forêts des Hauts-de-France.

Réunion SOS Forêt Ile-de-France Hauts-de-France Normandie à Saint-Gobain (Aisne) / Crédit photo : Catherine Combaldieu

Après le mot d’accueil et de soutien de Frédéric Mathieu, maire de Saint-Gobain, William Church président de l’association Une Forêt et Des Hommes (UFDH) a présenté la forêt de Saint Gobain et son action associative.
La forêt présente deux visages différents : une partie, aménagée sous la monarchie, est structurée par de grandes allées et des carrefours. La haute forêt plus sauvage, située sur un plateau calcaire, abrite des grottes et des carrières. Au VIIe siècle, un moine irlandais s’installe dans la forêt à laquelle il donne son nom, ainsi qu’à la ville.
Saint-Gobain est aussi le berceau et le nom de l’entreprise française, leader mondial du bâtiment, fondée à l’origine par Colbert sous Louis XIV avec la Manufacture royale des glaces. Le site de Saint-Gobain est fermé depuis 1995.
La forêt, qui autrefois appartenait à l’entreprise Saint-Gobain, a une superficie de 13000 ha dont 9000 ha de forêt domaniale.
Sur ces 9000 ha, 7000 ha sont gérés en futaies régulière et 2000 ha en futaie irrégulière.

Entre mesure et démesure : le scénario des coupes rases en question:

La gestion en futaie régulière prévoit d’éduquer les arbres en peuplement d’un même age, de dimension identique et souvent d’une même essence.
Au moment de la récolte en fin de cycle, comme pour l’agriculture conventionnelle, l’exploitation porte sur la totalité des peuplements d’arbres d’une parcelle et tout est coupé afin de laisser place à une régénération naturelle, voire déssouché pour être replanté de main d’homme en cas d’échec.
Plusieurs stades d’évolution se succèdent en fonction de la hauteur et du diamètre des arbres, en éclaircissant progressivement et privilégiant les plus beaux sujets présentant les meilleures qualités de bois.
De nombreux pays ont déjà légiféré afin d’interdire ou limiter la surface de ces coupes définitives. Si de petites coupes sinueuses et étalées en clairières peuvent, au niveau de leurs lisières,  jouer un rôle d’accueil pour la faune et la flore forestière des milieux fermés, les vastes coupes définitives de régénération modifient profondément l’écosystème et sont très controversées d’un point de vue environnemental, paysager et sociétal.

En forêt de Saint -Gobain,  une multiplication sans précédent des coupes à blanc sur des superficies de plus en plus importantes / Crédit photo : William Church
Les sols fertiles sont lessivés et emportés par les intempéries. L’érosion est visible sur les coupes rases en pente / Crédit photo : William Church
Des arbres bien alignés, d’une même essence, d’un même âge. Un appauvrissement génétique, une uniformisation des paysages, une catastrophe pour la biodiversité / Crédit photo : William Church
Première étape : le sous-bois est exploité ; ne restent que les semenciers. Mais la mise à nu brutale des sols, l’oxydation des éléments nutritifs empêchent la régénération naturelle / Crédit photo : William Church
Donc, l’ONF a recours à une régénération artificielle coûteuse, avec des plants inadaptés au sol et au climat (plus de 50% d’échec)… Des arbres bien alignés. Et la ronce qui commence à proliférer. On laisse un « arbre remarquable » pour faire croire que l’on s’intéresse…/ Crédit photo : William Church

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Quelques années plus tard. Une seule essence, un même âge / Crédit photo : William Church
Les arbres sont bien alignés, la biodiversité très réduite / Crédit photo : William Church
Quarante ans plus tard… Plus de sous-bois, pas d’étagement de la végétation, pas d’oiseau, pas de fleur, pas d’animaux. La forêt de demain : un désert / Crédit photo : William Church
Des routes créées sans études d’impact, ouvertes en permanence, non surveillées. Braconnage et tas d’ordures au cœur de la forêt / Crédit photo : William Church
Le passage d’engins lourds (jusqu’à 40 tonnes) dégradent le sol / Crédit photo : William Church

La surface terrière : La prise en compte de sa mesure par les associations et les citoyens pour la préservation qualitative des forêts

Visite de terrain sur une  parcelle en régénération / Crédit photo : Catherine Combaldieu

L’association UFDH, rejoignant le constat des autres associations présentes, estime que le rythme des prélèvements de bois s’est accéléré ces dernières années et qu’actuellement trop d’arbres sont coupés.

Certaines données sont devenues très difficiles à obtenir. L’une d’elle a particulièrement retenu l’attention : la surface terrière, très utile pour définir les besoins en éclaircie d’un peuplement en se référant aux valeurs de surfaces terrières recommandées par essences. Elle ne semble malheureusement plus être systématiquement mesurée et cela ne manque pas d’inquiéter les associations.

Cet indicateur s’exprime en m²/ha et représente la somme de la surface des sections transversales de tous les troncs d’une parcelle à 1m30 de hauteur. Il permet de suivre de manière précise et objective le dégré de concurrence au sein d’un peuplement forestier et l’évolution dans le temps des différents stades de développement d’une forêt.

Actuellement, on peut recourir à la surface terrière pour  l’écocertification (FSC), l’élaboration et de suivi des aménagements, caractériser un habitat forestier pour la sauvegarde d’une espèce menacée, décrire une forêt, contribuer dans le cadre d’une étude d’impact à calculer la compensation de la destruction d’une surface boisée , elle permet également le calcul de variables ayant un réel sens écologique ou le calcul de volumes utiles au gestionnaire. Pourquoi s’en passer?

Visite de terrain : enlèvement du sous-étage ou “relevé de couvert” / Crédit photo : Catherine Combaldieu

Pour tenir compte des attentes du public, l’ONF a annoncé l’année dernière l’arrêt progressif des coupes rases d’ici 2024 dans les forêts domaniales franciliennes et l’adoption d’une gestion en futaie irrégulière.
Cette mesure annonce-t-elle un revirement futur de la sylviculture, ou s’agit-il d’une politique de faveur faite pour ménager le regard des riverains dans une zone densément peuplée, tout en se donnant les coudées franches ailleurs ?
Quelle que soit la réponse, ce revirement constitue une urgence au regard de la dérégulation climatique et de la propagation des maladies affectant les arbres bien plus rapidement dans les plantations linéaires constituées d’une seule essence, avec des risques d’interventions chimiques ou de “coupes rases sanitaires”.

Parcelle après coupe définitive de gestion en futaie régulière : échec de régénération, le roseau des bois (calamagrostis) a envahi la parcelle / Photo Forêt Citoyenne

Les associations ont décidé d’agir en se constituant en groupement associatif afin d’œuvrer efficacement en faveur d’une gestion plus respectueuse des paysages et de la nature.

Catherine Combaldieu

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