Discerner la fonction sociale pour l’approfondir

Forêt de consommateurs

Forêts de citoyens

 

La fonction sociale de la forêt ne sera jamais reconnue de la même façon si, ceux qui la managent, se représentent la société comme un ensemble de consommateurs, où s’ils se la représentent comme un ensemble de citoyens.

A travers une fonction sociale assimilée à une fréquentation de consommateurs, nous aboutissons rapidement à une forêt perçue comme un terrain de jeu, une aire sportive, ou un salon en plein air. Dès lors, la forêt se retrouve amenée à un rôle de cours de récréation de la ville et de la vie professionnelle ; ce qui par un bref amalgame, la place en subordination à tout intérêt de l’exploiter plus intensivement. Dès lors, nous perdons d’autres valeurs d’existences, d’autres valeurs inhérentes à la qualité des lieux.

 

La forêt, redevenant un lieu de vie pour elle-même,

accroît sa qualité de lieu de vie pour l’humain :

 

L’idée que la forêt puisse être rappelée à sa dimension de lieu de vie, autorise l’humain à son ressourcement, à son réenracinement, à la régulation des santés, et même à certains déconditionnements psychologiques… Ces apports conduisent à des perceptions bien plus développées que le consumérisme forestier initial. C’est plus à partir de ces types d’expérience que nous avons pouvoir de devenir des citoyens de la forêt, bien plus que des consommateurs ou des exploitants.  Car à partir de ce seuil, se développe en nous une conscience de la valeur des lieux par-delà toutes fonctions qu’ils peuvent détenir en regard de nos intérêts.

 

Les notions de consommateurs et de citoyens ne s’opposent pas. Simplement la seconde élargit la première, l’approfondissant nettement.

 

Il y a un potentiel beaucoup plus fort dans une forêt qui inspire le ressourcement, l’enracinement, l’éveil sensible, la contemplation, l’imaginaire, l’art, en assainissant le corps et l’esprit , qu’un simple boisement ayant pour seule fonction de compenser nos déséquilibres de société par le repos, le jeu, et le sport.

 

  Il est un repère de conscience que nous ne devrions jamais perdre :

 Là où il y a plus de potentiel dans un lieu, il y a plus de futur pour nos sociétés.

 

 

La coupe rase d’une parcelle forestière familièrement fréquentée suscite une réaction consensuelle, autant chez les consommateurs que chez les citoyens. Mais quand il s’agit de penser au-delà la qualité des paysages forestiers ou arborés, il est évident qu’une maturation de la sensibilité des forêts outrepassant la seule fréquentation “consumériste” détient une capacité de prospectives et de contrepropositions créatives absolument nécessaire pour enrayer les logiques de profit sans vision. Nous avons créé l’association Forêt Citoyenne  justement pour que soient écoutées et consultées toutes ces contrepropositions. Bien sûr, pour remplir cette tâche, nous souhaitons le faire avec ceux qui, parmi vous, sont le plus animés par les lieux qui les inspirent.

 

Outre son entente avec les naturalistes et les écologues, l’approche citoyenne des paysages arborés se retrouve souvent en accord de compréhension avec les forestiers réellement habités par la vocation.

 

A l’inverse, elle se retrouve fortement blessée par une privatisation explicite ou rampante de nos grands massifs forestiers, s’en tenant aveuglément aux chiffres de marché, si ce n’est aux dividendes des actionnaires. Imposer un tel environnement force sa population à se désincarner de toute immersion dans des lieux vivants, à se déraciner de toute relation sensible à sa région.

 

Aussi nos remarques demandent beaucoup d’acuité, d’honnêteté intellectuelle,  et de responsabilité en nos interlocuteurs.

 

Par expérience nous déclarons avoir constaté une remarquable convergence d’estime, entre le sentiment qui émane d’un lieu, la valeur poétique que nous lui percevons, et ce que des scientifiques-naturalistes décèlent concomitamment en termes de biodiversité et de naturalité plus exceptionnelles qu’ailleurs.

 

Il est difficile de prévoir la forêt souhaitée par les générations futures. Nos ancêtres qui ont prévu les futaies Colbert pour fournir des grumes de 250 ans à l’industrie navale n’ont anticipé, ni le changement de matériaux pour la construction des navires militaires, ni les techniques du bois lamellé-collé en substituts.

 

De même, pour d’autres besoins totalement étrangers aux intérêts contemporains, nous présageons très fortement le modèle de sylviculture actuellement dominant comme très ennuyeux pour les générations futures, alors qu’elles seront très demandeuses pour d’autres types de forêt que nous contrevenons à leur transmettre.

 

Il nous apparait absolument évident qu’une société du développement personnel des individus, et d’un développement social conjugué à tous les développement personnels prendra la relève de notre actuelle société de consommation/production de plus en plus égarée dans le profit pour le seul profit. Dès lors, ce sont d’autres profils de forêt qu’il nous faut absolument susciter, tellement notre descendance aura fort à pâtir, si nous misons tout sur des paysages de sylviculture intensive sans aucune valeur de lieux de vie.

 

Nous demandons que cet appel soit vivement reçu du gouvernement, de l’Europe, des états majors de la forêt, des Conseils Régionaux, des Parcs Naturels Régionaux, des maires…

Nous demandons à travailler ensemble pour une plus grande justesse du futur donnant suite à nos existences…