Une culture des sens menacée en France ?

Paysages arborés et forêts :

gardiens de la sensorialité des peuples

 

Si nous demandons de caractériser l’esprit français, beaucoup de nos compatriotes le qualifieront de “cartésien”, sous-entendu plutôt rationnel, mental, peu enclin à l’instinct…

Pourtant nous détenons aussi une réputation séculaire et internationale dans une culture des sens : la gastronomie, l’œnologie, les parfums, l’impressionnisme, la littérature régionale, la phénoménologie…

 

 

La culture des sens n’est jamais hors-sol. Elle se déploie ou s’assèche selon nos rapports aux lieux, selon les ambiances paysagères que nous laissons se déployer,  ou que nous dégradons, cédant la place aux productions intensives, à la bétonisation, à du jeunisme paysager de plus en plus décapé en ambiance.

Ne manquons pas de remarquer que les paysages dans lesquels nous avons pouvoir de nous immerger, les lieux retranchés, les sites où les arbres ne sont pas bridés dans leur capacité à vivre tout âge de leur existence, constituent par excellence les endroits les plus chargés pour raviver nos sens.

Les traditions françaises se réfèrent à une culture des sens jusque dans l’industrie du luxe. Alors pourquoi les gouvernances françaises successives, l’enseignement, le commerce des arts, la gestion forestière… ont sans cesse éludé cette culture des sens dans la relation à nos forêts ?

 

La sylviculture intensive ayant un effet sur la dégradation des ambiances paysagères dans nos régions ne réduit pas les besoins de s’exprimer mais contribue à un fort appauvrissement sensoriel des citoyens, de leurs arts, de leur littérature…

 

Avoir des paysages à forte intériorité d’ambiance, à forte maturité d’arbres… ne peut que raviver la sensorialité de notre littérature et de nos arts.

Retirer à l’âme des lieux est retirer à l’âme des peuples. A l’inverse, rendre à l’âme des lieux son droit à dérouler le temps des profondeurs, c’est redonner vie d’autant à l’âme des peuples. Nous avons à revenir de loin !

Quand l’industrialisation des paysages désagrège tous terroirs et aseptise les lieux, alors nous perdons la culture du sensoriel, pour se perdre dans la culture du sensationnel ! On rentre dès lors dans les imaginaires de compensation.

Les écrivains régionalistes sont aujourd’hui remplacés par les écrivains voyageurs cherchant de plus en plus loin ce que l’on dégrade de plus en plus près. Jusqu’à quand ?

Appauvrir les paysages, revient à terme à affaiblir le vocabulaire d’une langue. L’esprit d’analyse se maintient selon ses intérêts, mais l’esprit de discernement qualitatif est de plus en plus mis en péril. Ne restera-t-il sur Terre qu’une langue économique pour la communication quotidienne ?