Quand les arbres nous révèlent…

Les forêts et les arbres révélateurs de nos inclinations réelles à les aimer ou  ne pas les aimer, au risque du miroir posé :

« Tel chien, tel maître »  dit-on. L’adage « Tel ensemble arboré, tel décideur»… n’est pas moins avéré.

Trop souvent, la façon d’aimer ou pas un paysage forestier, tout comme un espace arboré urbain ou rural reste conditionnée à une subordination de la sensibilité des citoyens sous des professionnels au service d’intérêts d’un tout autre ordre. Il s’agit là d’un arbitrage qui révèle pas moins la valeur humaine des gens qui ont autorité sur les autres, au risque de toute violence morale dans la prévalence imposée. Car se trouvent mis en jeu les droits universels inconditionnés de tout être humain dans sa relation au Vivant outrepassant tout arbitrage décisionnel relatif aux besoins privés de marchés. Parfois nous pouvons rencontrer des professionnels tout à fait compréhensifs sur la présence régénératrice de l’arbre dans tous ses âges au sein de l’espace commun. Dans d’autres contextes, cette pondération professionnelle est rompue avec le prélèvement excessif de bois sur une forêt, ou bien d’abattages d’arbres visant à ne pas déranger les intérêts du BTP qui s’imposent sur le paysage social. Ces dérives de comportements contreviennent évidemment à la multifonctionnalité des arbres et des forêts. Dans de telles situations, une démocratie peut l’endurer avec le sentiment outragé d’une mise sous tutelle, comme si dans la sphère économique, l’amour du Vivant rappelé par les citoyens devait être systématiquement traité au même titre qu’une maladie dégénérative ! Il est fréquent que cet ascendant imposé par des élus et des professionnels soit traumatiquement perçu par la société civile. A ne pas y prendre garde, c’est là un point de départ où s’entame inexorablement la déchirure de confiance entre le monde professionnel et le monde des citoyens avec toutes les conséquences qui s’en suivront à plus ou moins long terme, autant pour les uns que pour les autres…

La respectabilité des espaces arborés et des forêts tout comme la maturité de conscience collective associée à la vie des arbres, ne sont pas homogènes, d’un pays à un autre, d’une région à une autre, d’une commune à une autre. A voir par exemple comment l’écosystème forestier est très différemment estimé dans le Parc National de Bavière en Allemagne, ou dans la Forêt de Soigne près de Bruxelles.

Ainsi relève-t-on des propos en forêt de Soigne tels que « la non-gestion de cette forêt ne serait pas possible parce que la sécurité des usagers ne serait pas assurée », souligne l’ingénieur directeur.

« Une forêt qui n’est pas gérée, je peux vous garantir que c’est une forêt peu accueillante pour les promeneurs, les cavaliers, les cyclistes qui viennent profiter de cet écrin de verdure. Les gens ne réalisent pas que nous devons gérer cette forêt également pour permettre au public bruxellois de s’y promener », confirme Willy Van De Velde . « … Dans une forêt vierge, sans aucune intervention humaine, il est très difficile de circuler », conclut le garde forestier

Pourquoi ces propos vaudraient-ils en forêt de Soigne alors que le Parc National de Bavière a su largement coupler la préservation de la naturalité forestière avec l’accueil du public ? A l’évidence, des opinions sont jetées à l’emporte pièce pour brouiller les consciences. A en croire d’autres échos, la conscience de fond de ceux qui s’expriment ici semble plus justement avisée que ce qu’ils expriment et laissent à penser. Aussi nageons nous dans la confusion.

En forêt de Soigne (Belgique) l’accueil du public est considéré incompatible avec la naturalité forestière. Ici, dans le Parc National de Bavière, « impossible » n’est pas allemand.

En fait, le débat est déjà dévié. On oublie de relever que bien avant d’assimiler des gradients de naturalité forestière pouvant être adaptés aux contextes locaux ; ce qui est outrageusement mis en péril sous les pressions actuelles des marchés de la filière bois et de l’immobilier, ce sont les stades matures des arbres, Ils sont entamés avec une telle frénésie que nous assistons à une rationalisation à outrance des alibis.

Nous constatons une ignorance considérable du public concernant les arguments légitimes pour soutenir nos arbres et nos forêts, et beaucoup d’appétences de marché, tant sur le bois que sur le foncier malencontreusement occupé par des arbres. Aussi avons nous de quoi parfois largement douter de ce que l’on donne à croire aux citoyens. Dans leurs visions restreintes, ces intérêts ont avant tout besoin de l’acculturation de la société pour renforcer les profits d’intérêts privés au détriment du bien commun. Cela nous conduit à un gâchis inouï quand ces intérêts pourraient être dirigés à meilleur escient sans être perdants. On tombe ainsi dans une rationalisation de l’irrationnel tenu par des pragmatiques incapables d’être visionnaires.

Pas moins que les haros sur les coupes rases, le grand âge des arbres menacé d’extinction devrait être plus que jamais optimisé :

L’espérance de vie des arbres est soumise à l’érosion de sa longévité sous les intérêts humains bien plus que sous l’effet des changements climatiques, eux aussi d’incidence humaine.

Déjà l’âge décrété de coupes des arbres est généralement très en deçà des stades de dépérissement des arbres. 80/120 ans pour les chênes qu’on laissait aller jusqu’à 250/300 ans dans les futaies Colbert qui est un seuil anticipateur de dépérissement où l’arbre devient ensuite inexploitable. Aujourd’hui cette tolérance se fait appelée  « îlots de vieillissement ». Appellation à ne surtout pas confondre avec les « îlots de senescence », surtout dans l’interprétation française revue et corrigée par les intérêts. L’acculturation est telle que les gens (parfois même les jeunes professionnels du bois et des espaces verts !) confondent l’âge d’exploitabilité des arbres avec l’espérance naturelle des arbres dont on oublie qu’elle peut être très largement supérieure.

Par ailleurs comme le dit le botaniste  Francis Hallé, on circule bien mieux dans le sous-bois d’une forêt primaire alors que les stades de cicatrisation végétale, d’enfrichement ou de « parcelles en régénération » sont plus impénétrables. Comment ce type de paysage pourrait-il être plus avenant pour les promeneurs ? En forêt comme dans l’humain, la jeunesse est vide quand il n’y a plus de profondeur dans le grand âge. Qui a envie d’un monde comme celui-là ? En réalité les gens étouffent d’absence mais ne s’en aperçoivent pas. C’est le plus difficile à déclarer.

Aime-t-on réellement une forêt quand on ne sait même plus aimer le déroulé intégral du cycle des arbres ? Les peuples premiers respectaient leurs anciens comme des sages. Aujourd’hui notre société a des seniors que les familles parquent dans des maisons de retraites tandis qu’ils sont une charge. Les arbres sont vus pareillement. La sauvegarde des fins de cycle définit l’amour qu’on a ou pas des êtres vivants, et qui sait si ceux que l’on oublie d’aimer ne se dégradent pas plus vite à défaut de mourir plus vite ? Cela ne vient pas toujours par un rapport de causes à effets direct mais dans un climat global inducteur. Climat psychologique pour les humains. Climat météorologique pour les arbres… Ceux qui ont oublié l’ancien en toutes vies humaines, animales, végétales seront à leur tour oubliés quand ils seront vieux car ils n’auront plus aucune valeur fonctionnelle pour leurs semblables.

Une société où on cache la senescence, soit en la sécularisant, soit en l’abattant est une société malade d’hyper-fonctionnalité qui a perdu son âme. La façon de voir la forêt donne toujours le reflet de son être, ou de l’être d’une société. La maturité organique que l’on aime dans la nature reflète la maturité spirituelle dans l’humain tout comme l’absence de maturité organique n’a aucune importance pour l’absence de maturité psychologique en l’humain.

Dans les Hauts-de-Seine, la Cité-Jardin de Chatenay-Malabry, avec des arbres pluri-centenaires constitue un patrimoine arboré exceptionnel faisant durement défaut aux écoquartiers contemporains très déficitaires en maturité végétale. Par ses préfets l’Etat, et une levée citoyenne entendent les préserver à contrario de la commune attisée par un projet de grand chantier immobilier voulant détruire 80% de cet ensemble. Signalons qu’à Berlin, des cités-jardins équivalentes sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO !

Être devant de très vieux arbres a un effet psychologique apaisant car l’être humain a besoin de sentir des paysages exemptés de la voracité de l’exploitabilité pour se retrouver lui même dans les repères fondamentaux de la vie et se réaccorder dans son équilibre psychique et mental. C’est déjà un privilège de s’en apercevoir car une masse énorme de gens se retrouvent aujourd’hui complètement perdue par le décentrement à trop exploiter/détruire/construire. On croirait que le monde professionnel est ravagé par ce syndrome de « surexploitons tout pendant qu’il en est encore temps avant que la société se lève où qu’une crise écologique majeure survienne ». Cette mentalité dite « rationnelle » est en réalité très mortifère dans les conséquences non-conscientisées de ses mobiles.

Sans arbres matures, sans arbres sénescents, voire dans certains contextes, sans chablis et chandelles, les paysages sont lessivés dans leur profondeur poétique. S’en suit que la société perd tous ses liens de réenracinement dans les paysages où elle vit ; surtout à une époque encore plus malmenée par une frénésie de spéculation foncière… Devant cette ambiance délétère, une folie indicible et une dépression latente s’emparent des gens car ils sont agressés dans les repères fondamentaux de vie qu’ils peinent même à reconnaître eux-mêmes !

Le temps entièrement déployé des rythmes et des cycles d’une forêt mature, ou mieux d’une forêt intégrale dans sa naturalité ,donne une matrice de rythmes et de cycles à la société lui permettant d’entretenir sa justesse de progrès dans la biosphère. Il est absolument nécessaire qu’on ait des paysages arborés à maturité pleinement permise aux abords des densités urbaines pour lester l’équilibre mental des populations, et il faut accompagner la conscience des populations à ce rappel. Cette population, devenue aujourd’hui zombie, a à revenir de très loin, et nous avons devoir de nous en inquiéter vivement ! Elle est toutefois inconsciemment réactive, car en dégradant la maturité des paysages arborés attenants aux grandes agglomérations, on précipite l’exode des bobos vers le mode rural et demain, les grandes villes verront en seul face à face une technocratie immergée dans des océans de populations immigrées vivant comme des déracinés dans des lieux déracinés, tandis que l’intelligentsia des pays aura décampé vers les campagnes. Covid et confinements ne peuvent être qu’un accélérateur du phénomène. Cela est la conséquence mécanique de la surdensification urbaine servant avant tout les profits privés des promoteurs et des spéculateurs sans vision civilisationnelle ainsi que de l’abus à couper du bois. Tous ces comportements professionnels font dangereusement fi des besoins réels en l’humain et vont nous conduire au chaos. Si nous ne jugulons pas ce phénomène, notre pays va vivre une crise sociale sans précédente de plus en plus ingérable. Donc préserver les vieux arbres et la naturalité des forêts fait parti d’un plan global civilisateur, à ceci prêt que trop de technocrates ont actuellement démissionné de leurs prérogatives civilisatrices au plus grand dam de notre destin commun.

S’immerger dans du temps organique plus grand que soi dans un âge des forêts qui a dépassé l’âge de coupe et l’âge le plus long dans le cycle des arbres, c’est avoir droit au bain d’intemporalité dans lequel une civilisation recentre ses valeurs existentielles. Autrement notre société est juste un bateau sans quille promis à la dérive des marchés, au risque de se perdre et de péricliter elle-même car aillant à jamais perdu ses repères fondamentaux de vie. Sans ce référentiel profond de forêts permises au déroulé intégral du cycle des arbres, nous pouvons voir notre société partir en décrochage du réel dans des excentrements économiques qui ne font plus sens. Or aujourd’hui on a justement une jeunesse qui souffre et des aînés en sidération. Dès lors, la société demande le plus expressément au monde professionnel et à leurs élus (sont-ils encore les nôtres ?) que leurs agissements retrouvent du sens et que leur vie ne soient pas vide d’essence. Il y a une urgence intempestive à retrouver les repères fondamentaux d’existence pour notre « reset » économique post-covid.

Les adultes qui ont le pouvoir décisionnel aujourd’hui pourraient même craindre une séniorphobie quand ils sortiront de la vie active, car la jeunesse qui va suivre n’aura pas beaucoup à les remercier pour leurs manquements éthiques. Aussi assurer une continuité de renouvellement dans la stabilité de maturité des forêts et des espaces arborés fait partie des initiatives de premières valeurs dans la passation entre les générations pour le bonheur de notre descendance et pour notre dignité de passeur.

Bernard Boisson

Les coupes rases sanitaires en Île-de-France  au risque de produire l’effet inverse de leur intention – janvier 2021 :

 

Coupe rase sanitaire dans la forêt de Malmaison (Hauts-de-Seine)

Le covid19 cache-t-il les maladies parasitaires qui atteignent aujourd’hui nos forêts ? Médiatiquement, cela ne fait aucun doute.

Notre association Forêt Citoyenne s’en inquiète compte-tenu qu’elle enjoint la meilleure optimisation possible dans la continuité de renouvellement des stades matures de forêt.

En effet, les stades matures des arbres permettent l’effet climatiseur des forêts périurbaines, leurs rôles de stations d’épuration de l’air, de puits de carbone… pour le dire scientifiquement aux moins contemplatifs de nos semblables.

Les stades matures de forêts permettent aussi une intériorisation des paysages quand la ville est éventée dans ses affaires, son agitation mentale, son trafic et son stress. Ils sont une alternative de décompression aux territoires urbains hyper-fonctionnalisés tout comme à l’oppression consumériste. Les stades matures de forêt ont une valeur sylvothérapeutique accrue indispensable à l’équilibre physique, psychique et mental des êtres humains et à l’évidence dans ce domaine, tout n’est pas encore exploré… Donc n’est pas estimé le choc en retour de ce que nous altérons.

Désormais, il faut savoir que le réchauffement climatique accélère les maladies des arbres. Il n’y a plus de gel hivernal durable comme autrefois pour juguler les attaques parasitaires. A l’inverse, les coupes rases sanitaires (CRS) renforcent l’effet canicule qui renchérit ces agressions.

On ne peut s’empêcher de penser qu’un prélèvement plus sélectif et progressif des arbres avec renouvellement eût mieux pondéré ce nouveau péril.

Lui même en désarroi, l’ONF n’a manifestement pas les moyens du défi : sous-effectifs, manque de lignes de crédit dédiées…

On fait venir en Île-de-France des sous-traitants de la coupe équipés d’abatteuses qui ne se dérangeront pas pour de petits chantiers quand des coupes sanitaires plus sélectives et chirurgicales avec régénération permanente sous ombrages auraient sans nul doute mieux amorti les effets de chaleur et la propagation des maladies.

Et si avec le réchauffement climatique certaines coupes rases ne repartaient pas en forêt ?
Le sol ne sera plus drainant après son tassement par les machines de chantier, ce qui est contre-sanitaire.

On parle même de parcelles forestières pouvant tomber en « impasses sanitaires » au risque de ne pas pouvoir repartir en forêt. Sans doute cela serait à terme une occasion formidable pour libérer la place au BTP sous le feu vert d’élus dont la vision financière n’est pas du tout avisée de la gravité du phénomène en court. Ce scénario pourrait bien ne plus être de la fiction si un jour on nous apprend le démantèlement de l’ONF et la « balkanisation » des forêts domaniales.

Les grèves des transports suivies du covid et de ses confinements obligés ont précipité plus encore le mal-être des franciliens qui n’ont de solution qu’à fuir une densification urbaine déjà trop prégnante. Abusés par les chantiers, les citoyens souffraient déjà d’une surdensification dynamisée par la spéculation foncière faisant fi de la vivabilité des lieux. Ce n’est donc vraiment plus le moment pour la Région Île-de-France de négliger ses espaces verts à commencer par l’état des forêts domaniales. La société civile a très vivement de quoi s’inquiéter que ses élus ne s’inquiètent pas de l’état sanitaire des forêts péri-urbaines ! Aussi désirons-nous ne pas voir cette problématique éludée aux élections régionales de 2021.

On cherche désespérément où se trouvent les lignes de crédit dans une recherche en assistance sanitaire ne relevant pas de la CRS qui rappelle la saignée des médecins de Molière. Évidemment, on voudrait voir la solution provenir d’une science avisée des défenses immunitaires inhérentes à l’organisation symbiotique des espèces en évitant les effets secondaires de produits phytosanitaires. Aussi ces lignes enjoignent un appel ouvert aux compétences pouvant apporter leurs contributions aux solutions. Reste à souhaiter que nous n’ayons pas dans l’avenir un accroissement exponentiel du phénomène conduisant à une promiscuité conflictuelle des intérêts projetés sur les forêts. Car plus nous gérerons les problèmes en dérivation, plus demain nous vivrons de manière tendue notre immaturité collective et politique sur ces sujets.

Texte de Bernard Boisson

Photos Forêt Citoyenne

Voir des arbres sains partir dans des coupes rases sanitaires jette forcément le trouble chez les citoyens avisés qui s’attendent à voir les forêts domaniales franciliennes évoluer vers un profil de forêt irrégulière. Ce malaise peut être renchéri par des souvenirs de coupes sanitaires alibi en province dont la raison première était autre. En Île-de-France la problématique reste distincte, mais la crise bien amorcée.
Maladie de l’encre sévissant sur les châtaigniers… et aussi sur certains chênes.
Coulure indicatrice de la maladie de l’encre sur un jeune surgeon de châtaignier
Maladie de suie mettant en péril un jeune érable
autre attaque parasitaire sur merisier…
Les galles de cynips sont le premier signe d’alerte des châtaigniers malades. Le cynips est un insecte venu de Chine. Il parasite les bourgeons de l’arbre pour nidifier ses larves (galle). Quand les galles dégénèrent, elles deviennent la porte d’entrée d’un champignon : le cryphonectria parasita vecteur de la maladie de l’encre.
Galeries de capricornes. La présence du capricorne dans des grumes entreposées est à interpréter avec précaution et différemment dans des coupes sanitaires… Nous avons de ce côté des espèces rares nécessitant protection…
Tout le monde est en suspens de la reprise végétale au risque d’une impasse sanitaire (photo Mascotte Production)
La question est posée d’une synergie d’emballement entre les maladies parasitaires des arbres, le réchauffement climatique, et les coupes à blanc sanitaires pouvant au fil des ans plomber en crescendo le redémarrage des forêts. Et si comme pour le covid-19 nous étions face un phénomène exponentiel à cause de la mise en synergie négative des interactions ? A souvent été évoquée que la coupe de bois ne doit jamais dépasser le taux d’accroissement de la forêt. Mais ne doit-on pas maintenant urgemment réviser les plans de gestion et réduire la coupe de bois si le taux d’accroissement des forêts se retrouve considérablement affaibli par les crises sanitaires ? En effet, trop de présomptions nous laissent craindre ce manquement en bienveillance de la filière bois dans la pression croissante de ses appétits sur la ressource.

 

Pour en Savoir plus :

Témoignages vidéo sur la toile :

Interview de L’expert Louis Vallin évaluant des coupes sanitaires en forêt de Malmaison /Bois de Saint Cucufa :

Réactions de la population par rapport aux coupes sanitaires :

Stop à l’exploitation intensive de la forêt domaniale de Fausses-Reposes !

La forêt de Fausses-Reposes est une forêt urbaine aux portes de Paris (à 5 km environ de la porte de Saint Cloud), classée en forêt de protection1 par décret en Conseil d’État le 23 août 2007, cette protection n’excluant pas l’exploitation du bois. Les coupes de rajeunissement sont présentées comme nécessaires à la pérennité de la forêt 2. Or l’existence de réserves biologiques intégrales (RBI) 3 et de forêts en libre évolution4 montre qu’une forêt peut survivre sans exploitation.

Les arbres remarquables disparaissent

Les grands arbres bordant les chemins, pour la plupart inscrits à l’inventaire départemental des arbres remarquables du Conseil général des Hauts-de-Seine disparaissent progressivement pour des raisons de mise en sécurité des promeneurs, le dépérissement d’un grand nombre d’arbres ayant été constaté. Cette décision semble aujourd’hui se faire systématiquement et brutalement, sans avis préalable ni concertation avec les associations et les usagers.

Ces arbres remarquables étaient 126 sur la seule commune de Ville d’Avray en 2014, combien en reste-t-il aujourd’hui ?

Le classement en forêt de protection du massif de Fausses-Reposes précise « la présence d’arbres remarquables confère à ce massif des qualités exceptionnelles. De telles essences forestières ont une incidence sur le climat car elles contribuent au maintien d’une humidité atmosphérique convenable et interviennent localement sur la circulation de l’air 5 ».

La durée de vie des arbres remarquables devrait être prolongée au maximum mais nous abattons le troisième âge des arbres ayant vraiment valeur d’arbres remarquables.

Les coupes sanitaires se multiplient

L’ONF a pris en 2017 la décision d’abandonner les coupes rases induites par la gestion en futaie régulière à l’échéance de 2024 mais le changement climatique fragilise actuellement les arbres et des problèmes phytosanitaires atteignent des massifs entiers.

Le choix s’offrant alors au gestionnaire est d’intervenir par prélèvement des arbres atteints avant dévalorisation du bois suivi de replantation, ou de laisser les dynamiques naturelles apporter des réponses spontanées de retour à l’équilibre sans intervenir (mutation génétique produisant des plants résistants, venue de prédateurs de ravageurs, …).

Il semble que la réponse actuelle soit de sortir beaucoup de bois dans un temps le plus court possible pour sauvegarder leur qualité.

Un risque d’inondation accru par l’exploitation industrielle

Des tonnes de bois s’accumulent au bord des chemins et les boisements s’éclaircissent de plus en plus. La mise en place d’une gestion en futaie irrégulière doit rendre les parcelles accessibles et exploitables par les entreprises forestières. Des voies de cloisonnement permettent la circulation des machines et s’installent sur 20 % environ de la parcelle.

La surface circulée et impactée par les engins dépend de l’entraxe choisi (les cloisonnements étant de 4 m de large). La surface productive est ainsi occupée de 16 à 25 % par les cloisonnements 6, selon la largeur de l’entraxe (écartement entre deux cloisonnements). Mais cela remet-il en question les volumes d’exploitation appliqués à la surface totale de la parcelle?

Par ailleurs cette gestion s’installant sur le bassin versant boisé (sols lessivés sur formation sableuse ou argileuse sur les pentes, sols podzolisés et podzols sur les pentes sableuses 7 est-elle vraiment en phase avec le risque majeur de crue et d’inondation qui a amené à une requalification des digues en barrage ?

La diminution des écoulements augmente avec l’âge du peuplement 8, un rajeunissement de la forêt sur les bassins versants alimentant les étangs est-il dans ce cas souhaitable ?

Les forêts naturelles diminuent le ruissellement superficiel et l’abondant réseau de racines permet à l’eau de pénétrer très profondément dans le sol. Le feuillage vert, la couverture de feuilles mortes et l’accumulation d’humus retardent l’écoulement des eaux de pluies et agissent comme une éponge en restituant l’eau goutte à goutte. Le débit de pointe est ainsi réduit en cas de fortes pluies, sans toutefois modifier le volume total écoulé.

la régulation hydrique par les forêts est meilleure quand on ne coupe pas les arbres ayant un riche complexe racinaire

La restauration et l’entretien du système de drainage mis en place au XVIIe siècle pourrait largement être remis en cause et repensés dans le contexte actuel 9 .

Afin de prévenir les crues et inondations futures, une charte d’engagement en faveur des zones d’expansion des crues du bassin Seine-Normandie a été signée le 27 février 2020 entre le Grand Paris et les Chambres 10. Elle autorise l’indemnisation des agriculteurs qui permettront d’éviter que la métropole parisienne soit sous l’eau en stockant volontairement et temporairement les eaux de crues, grâce à la mise en place ou la modification d’aménagements hydrauliques (permettant la sur-inondation) dans le cadre de projets concertés à l’échelle d’un bassin versant 11.

Cependant un sol forestier sain est capable de retenir l’eau pour l’alimentation des arbres mais aussi pour limiter les phénomènes de crues 12. L’ONF peut proposer dans le cadre de la prévention des crues et inondations 13 une gestion adaptée, mais la question du financement reste posée … Associer la traction animale à l’exploitation actuelle permettrait de préserver l’environnement. Le cheval débusquant les bois a un impact quasi nul sur la régénération et sur le peuplement 14.

Les plans de prévention des risques inondation (PPRI) 15 de la DRIEE Île-de-France ne semblent pas prendre en compte le rôle de la forêt dans la gestion de l’eau. Les politiques publiques à travers les institutions ou les actions de gestion de l’eau et de la forêt, se devraient de travailler en parfaite cohésion, nous déplorons vivement ce manquement.

Réduction des mesures en faveur de la biodiversité

Par ailleurs, la fonction écologique de protection de la biodiversité justifiée par la présence d’une ZNIEFF 16 ne semble plus prise en compte.

La révision de l’aménagement forestier 2005-2024 précise que les îlots de vieux bois représentent 52,46 ha soit 8% de la surface totale de la forêt, ils font partie des dispositions en faveur du maintien de la biodiversité.

Mais lors du comité de forêt de 2017 a été annoncé la réduction de la surface des îlots de vieillissement, avec suppression de 31,46 ha affecté aux îlots de vieux bois. Cette mesure initialement appliquée sur 8 % de la surface totale de la forêt se voit réduite à 3 %.

D’après le document de l’Office National des Forêts (ONF) Création d’îlots de vieux bois en forêt de Rambouillet 17 : « Si nous ne sommes pas certains que des îlots de vieux bois apportent à la sauvegarde de la biodiversité les réponses idéales, nous sommes sûrs que l’absence de ce dispositif se traduira par des pertes importantes. »

Les îlots de vieillissement sont des peuplements adultes dont le cycle sylvicole est prolongé jusqu’à deux fois l’âge d’exploitabilité prévu, ils offrent une production de bois de qualité et de forte dimension. Outre cet intérêt économique, ils favorisent l’apparition de micro-habitats, offrent un intérêt paysager, permettent un suivi dendrométrique pour évaluer l’évolution de la production, sont un refuge pour les prédateurs des ravageurs, ont un rôle éducatif, …

Il est à noter que doubler l’âge d’exploitabilité est loin de permettre à l’arbre d’atteindre la maturité écologique optimale de développement de bois mort qui permet l’habitat et la nourriture pour certaines espèces. Cela interdit la conservation d’arbres remarquables ou « arbres présidents » en forêt domaniale.

De plus, un rapport récent « Gestion forestière et changement climatique » 18 propose une nouvelle approche de la stratégie nationale d’atténuation et montre qu’il est essentiel de laisser vieillir les forêts pour atténuer le changement climatique. Ces nouvelles études remettent en cause dans notre cas les arguments du Ceser d’Île-de-France pour un rajeunissement de la forêt et des replantations 19

La fonction sociale maltraitée

Forte indignation de la population exprimée par les inscriptions sur les grumes et confirmée dans notre enquête auprès des promeneurs

Par ailleurs, la politique ambitieuse de la Région Île-de-France en faveur de la filière forêt-bois 20 ouvre des perspectives économiques et de nombreux débouchés tant en bois d’œuvre qu’en bois énergie, mais nous estimons la fonction sociale prioritaire dans le contexte très urbanisé du Grand Paris, encore appelé à se densifier dans les années à venir.

Une coupe sévère en pied d’immeuble en forêt de Fausses-Reposes sur la commune de Ville d’Avray dans les Hauts-de-Seine avait abouti en 2016 au lancement d’une pétition sur change.org « Pour la sauvegarde des forêts domaniales du Grand Paris » 21, laquelle recueillit quelques 40 000 signatures, montrant les limites de l’acceptabilité sociale de certaines coupes.

A qui profite l’exclusivité à se focaliser sur les risques de crues des étangs de Corot consécutives à l’état des digues quand une forêt en amont bien structurée dans son paysage reste autrement plus judicieuse pour soutenir des fonctions de régulations hydriques et termiques qui ont été éludées par un manquement d’études globales ?

fond de l’étang de Corot en 2019 – Ville d’Avray
Même fond d’étang en 2020 à J-3 le confinement.

Au nom de quoi se donne-t-on le droit d’omettre que les arbres sont scientifiquement reconnus comme des climatiseurs naturels au prorata de leur maturité et du degré de stratification des houppiers dans une futaies mélangée sur la graduation la plus large des âges ? Les canicules sont-elles donc bien moins à craindre que les crues et voulons-nous un climat encore plus dur en Ile-de-France ?

Au nom de quoi se donne-t-on le droit de mépriser les vertus régénératives reconnues par la sylvothérapie des stades matures de forêts et des arbres pour la santé physique et mentale des êtres humains ? Les forêts sont-elles seulement des territoires de compensation urbaines où suffit la verdure appauvrie ?

Devant les générations futures, de quel droit décidons nous de dévaloriser les paysages en empêchant les stades matures de forêt ? N’omettons pas qu’une forêt sans arbres au-delà de l’âge d’exploitabilité est juste un boisement fonctionnel sans profondeur. Quand on donne le droit à un arbre d’exister au-delà de l’âge d’exploitatibilité, cela procure consciemment ou inconsciemment une sensation de détente dans un environnement économique et humain très oppressant dans le profit à tout crin.

Nous déplorons déjà très vivement une décision acculturée concernant la conservation d’un site paysager et le design des aménagements prévus pour les étangs de Corot sans compatibilité avec la notoriété du site associé à l’image d’un peintre mondialement connu.

A une époque où les citadins ne voudront plus être confinés dans de l’urbanisme concentrationnaire et que nous allons assister à l’échec du Grand Paris est-il intelligent de dévaloriser les forêts péri-urbaines quand tout le monde voudra se sentir retrouver des espaces non-humains qui aient préservé leur profondeur réelle ?

Pour toutes ces raisons et d’autres non énumérées, il est temps de ne plus marcher à l’envers en ne sachant pas ce que l’on fait…

En conclusion, nous proposons pour la forêt de Fausses-Reposes :

– une sylviculture douce associant machine et traction animale (voire avec dirigeable22 à bon escient) afin de préserver les sols et la santé des peuplements, tout en contribuant à réduire le débit de pointe des eaux pluviales sur les bassins versants alimentant les étangs de Corot,

– une gestion préservant la biodiversité avec le maintien de la surface de 8 % d’îlots de vieillissement, participant également à la prévention des crues et inondations, à l’atténuation des effets du changement climatique et au maintien de la qualité paysagère,

– une reconnaissance des services écosystémiques rendu par la forêt, notamment en matière de gestion de l’eau, par un paiement pour services environnementaux (PSE) donnant les moyens financiers à l’ONF d’adopter une gestion de prévention des risques naturels, équilibrant naturellement fonctions sociales, écologique et économique,

– nous demandons qu’un pourcentage d’arbres soient maintenus au-delà de l’âge d’exploitabilité pour que toute la pyramide des âges soit représentée parmi les arbres, et que nous évitions qu’il y ait un trou générationnel faisant que demain nos descendants n’auront plus d’arbres remarquables dans cette forêt. Nous demandons que des arbres soient classés et conservés au titre d’ « arbres présidents ».

– la prise en compte de la fonction sociale prioritaire dans cette forêt urbaine du Grand Paris

Catherine Bort,  Forêt Citoyenne

Photographies de Bernard Boisson, président de Forêt Citoyenne, membre des JNE.

Solastalgie et forêts

La gestion des arbres et des forêts :

Et si on revoyait le sujet à la lumière solastalgie ?

Parmi les raisons d’avoir été fondée, l’association Forêt Citoyenne entend donner à la société civile des moyens distincts des argumentaires scientifico-naturalistes et écologistes pour réhabiliter et initier dans la fonction sociale des forêts des rapports humains/nature restaurant notre sensibilité en synergie avec la préservation des écosystèmes forestiers et la maturité des arbres. Car notre association n’est pas naïve. Elle sait qu’on ne peut juguler la dégradation de la nature avec des sensibilités humaines dégradées. Aussi importe-t-il de rétablir cette connexion pour impulser la boucle vertueuse de restauration sans aucune négligence devant des sujets médiatiquement plus hypnotiques comme les changements climatiques…

Aussi et à ce titre, elle ne pouvait pas être indifférente à la traduction française toute fraiche du livre du philosophe australien Glenn Albrecht « les émotions de la terre, des nouveaux mots pour un nouveau monde » aux éditions LLL (les liens qui libèrent). Glenn Albrecht est désormais internationalement connu comme l’initiateur du concept de solastalgie. Constatant le dévoiement des mots développement durable, résilience… dans les sphères industrielles et politiques et constatant que nous ne pouvons lever l’énergie d’une société sans vocabulaire qui identifie avec exactitude les émotions et les souffrances des peuples affectés par la destruction de leur milieu de vie, Glenn Albrecht est devenu un producteur de néologismes, et ça marche… Car en effet si nous sommes pourvus de vocabulaire psy pour diagnostiquer les pathologies mentales affectant les vies personnelles, les sciences humaines et sociales ont laissé un espace déficitaire en vocabulaire-pour diagnostiquer les souffrances des sociétés liées à la dégradation des milieux de vie. Or un mot consensuel pour cadrer un diagnostic est la première étape pour s’entendre vers un protocole de guérison à mettre en œuvre.

Tout a commencé en Australie dans la Nouvelle-Galles. La vallée du Hunter était initialement un sanctuaire de nature remarquable avec des restes de forêts pluviales peuplées de cèdres rouges, des landes et des marais. Toutefois, elle s’est vue dévastée sur des surfaces considérables par l’industrie minière du charbon éventrant à ciel ouvert les reliefs, élargissant son périmètre de déblais, de poussières et de nuisances sonores diurnes et nocturnes. Glenn Albrecht accompagne l’état moral des populations riveraines et finit par avancer le terme de solastalgie. A l’évidence le mot nostalgie ne pouvait pas convenir à ce mal chronique affectant ces populations car il suppose un spleen en regard d’un lieu que l’on a quitté. Or, ici personne n’a bougé. C’est le lieu qui a quitté les gens par le forcing d’une activité industrielle dévastant le paysage d’une population. Nous avons conscience que tant que la blessure sensible d’une société n’est pas identifiée par un mot cernant avec exactitude l’état de la souffrance, alors l’impunité d’une exploitation peut étendre sa violence allant jusqu’à culpabiliser toute action de se plaindre. La solastalgie n’a rien à voir avec un vague à l’âme dans le flou de sa cause. C’est un grief existentiel, cru et Terrien, un retour direct sur soi de la dévastation du milieu de vie. Il va jusqu’à déstabiliser la raison d’être, et trouble l’identité les résidents initiaux du lieu dévasté. A ce titre une population colon semble essuyer un choc psychologique dans le même crescendo de continuité qu’une population aborigène antérieure lors de la venue des européens.

Mais ce qui est cause de solastalgie chez les êtres humains ne provient pas toujours des actions directes de destruction paysagère inhérentes aux activités industrielles, mais trouve aussi ses origines dans les sécheresses, les incendies et les inondations relevant de responsabilités humaines indirectes.

Glenn Albrecht énonce le concept de solastalgie depuis 2003 et voit son terme de plus en plus repris dans le monde pour diagnostiquer des griefs équivalents dans les rapports humains/nature, cela pour de multiples affaires environnementales quel que soit leur degré de gravité. Nous ne sommes pas sans penser que nous retrouvons également sous le terme de solastalgie, l’abattement moral à vivre dans nos forêts des coupes rases massives ou des arbres urbains abusivement abattus qui plus est, initiés par des instances décisionnelles intempestives et déconnectées. Je me souviens d’un interview de Glenn Albrecht évoquant que la solastalgie que nous pouvons vivre devant ces griefs sporadiques en dévastation paysagère auront tout lieu d’être sublimés par la sidération que nous viendrons à vivre sous des évènements majeurs de changements climatiques. J’ai lu cet article à peine deux mois avant les grands incendies d’Australie éradiquant un milliard d’animaux et rayant de la carte l’équivalent en surface forestière de la Région Aquitaine sans compter les feux de brousse multipliant plus encore les surfaces calcinées.

Il va de soi que je me suis demandé ce que pouvait rapporter en témoignage un tel homme après de tels évènements. La réponse nous a été donnée dans sa conférence de presse à Paris chez son éditeur début mars 2020 :

Les australiens dormaient depuis très longtemps étant très durs à réveiller comme le koala dans la journée. Les feux ont été un coup mental énorme pour eux. Ce que nous avions pris pour acquis à disparu. On a vu des paysages qui ne s’en remettrons jamais. Cela a affecté des gens qui n’ont jamais été au fond d’eux-mêmes de véritables écolos mais qui aimaient ces endroits pour y passer des vacances. Ils regardaient même s’ils ne comprenaient pas, mais maintenant tout est brûlé. Ils chantent la chanson de Joni Mitchell du grand taxi jaune «… ne laisser pas partir ce que vous n’avez pas encore compris ».

Un auteur comme Glenn Albrecht ne peut soulever un sujet aussi grave sans développer la vision antidote. Sa volonté à ne pas jouer les sirènes catastrophiste est farouche. Il souhaite que son mot solalstalgie sorte de notre langage en 2100 sous l’effet d’une humanité se délivrant de ses forces obscures. Reprenant le terme d’anthropocène pour dénommer l’époque actuelle de l’humanité très dévastatrice en milieux naturels, il voit sur la base d’un choc en retour des nécessités, l’avènement d’une période ultérieure : le symbiocène, une époque des rapports symbiotiques humain/nature. Il se charge désormais de fouiller en profondeur cette perspective, nous invitant à hâter notre conversion.

Concernant la dévastation massive par les incendies récents, Glenn Albrecht ajoute :

On ne peut pas en revenir et rester dans le déni. Le peuple australien est passé au-delà des politiciens. Il y a une prise de conscience que les politiciens de la gauche et de la droite sont captifs des intérêts des énergies fossiles. Nos politiciens ne gouvernent pas. Ils sont gouvernés… Les gens entrevoient que l’avenir peut réserver des incendies encore pires… On commence en plus à perdre la grande barrière de corail. Nos réserves en eau s’assèchent. Les rivières ne coulent plus. Bientôt nous allons migrer en France. On a besoin d’endroits tempérés et humides et la France, ça à l’air d’être pas mal pour ça…

Aussi si nous comprenons que les français n’ont pas de koalas qui dorment en leurs branches, il faudra s’affranchir de cette métaphore pour nous réveiller quand même. En retour, les journalistes expriment ici à l’interviewé leur sentiment d’être sursitaires sur la liste pour on ne sait quel événement. Evidemment Glenn Albrecht n’en doute pas, nous voyant tous sur le même bateau.

Bernard Boisson

 

Voir aussi la parution de  l’article « Glenn Albrecht, philosophe du mal de nature et symbiologue » dans la revue 3e Millénaire – N°138 – décembre 2020

Des arbres ressuscités au cimetière ?

La municipalité de Boulogne-Billancourt projette d’abattre 435 platanes au cimetière Pierre Grenier.

Cet événement fait scandale par le fait d’avoir déclaré ces arbres malades du chancre coloré. Or cette affirmation a été démentie par l’expertise de Louis Vallin, également vice-président de notre association Forêt Citoyenne. Cette expertise est au demeurant validée par la DRIAAF.

Les platanes des places méridionales reconnus pour constituer des havres de fraîcheur seront particulièrement appréciés pour rendre plus supportable le réchauffement climatique en Île-de-France. Alors que maints professionnels cherchent à privilégier la plantation des essences qui pourront le mieux supporter le changement climatique, c’est un total non-sens d’abattre celles déjà aptes et en place à un stade mature. C’est un grave non-sens d’abattre des arbres sains à l’écart de la propagation de la maladie sans que nous puissions prévoir les autres essences qui demain seront à leur tour malades.

 

L’ensemble arboré du cimetière Pierre Grenier constitue une station d’épuration de l’air et un climatiseur non énergivore faisant partie des aménités de la nature urbaine qu’aucune replantation ne saurait suppléer avant plusieurs décennies comme le mentionne  une pétition locale. En temps de canicule, les espaces urbains sans arbres matures condensent la chaleur par réverbération sur le bitume et les édifices de pierre. Aussi cela amènera à déprécier fortement une ville comme Boulogne-Billancourt déjà sur-urbanisée et appauvrie en espaces verts. Les franciliens ont besoin de vivre dans des lieux de vie, et la perte des stades matures dans la végétation transformera très rapidement les villes en viviers de mal-être, si on ne coupe pas court à ce genre de décision. Les crottes de pigeon semblent à l’origine de la volonté  de supprimer ces arbres. Aussi le grief induit par leur abattage serait pire que les dommages justifiant l’intention. Dès lors, est demandé à la municipalité de bien relativiser les conséquences et annuler son projet.

La volonté d’abattre des platanes apparaît relever d’une mentalité incroyablement anachronique par rapport à notre époque. L’association Environnement92 via sa présidente Irène Nenner expose les faits déplorant l’arbre traité comme du « mobilier végétal ». La dépréciation de présence de l’arbre amène à perdre toute conscience du rôle systémique du végétal dans un milieu urbain déjà trop densifié. Quand la perte de sensibilité  (si ce n’est de b-à-ba dans le sens contemplatif ! ) est installée, cela oblige à recourir à des analyses sur l’écologie des systèmes autant qu’un pouvoir décisionnel se retrouve infléchi par des pressions d’intérêts qui n’ont d’égal que l’ignorance ou le déni pour exister.

Présidente d'Environnement 92, Irène Nener expose les faits

Les mauvaises décisions ne reposent pas seulement sur un manque de connaissances, mais sur un manque d’idées dans les solutions, et par un manque de vitalité à les chercher. Cela pose la question d’un ostracisme particulièrement inquiétant dans les mentalités. Dans un urbanisme sur-densifié, les cimetières deviennent des espaces importants dans la compensation écosystémique. Il serait vivement souhaitable de retourner l’annonce d’une bourde par une réflexion plus mature et créative en solutions avec les associations et les professionnels choqués.

On entend dire « le département des Hauts-de-Seine comme étant le plus riche d’Europe », ou comme ayant « un budget équivalent à un pays comme la Grèce ». Cela ne pose pas de problème à trouver 5 millions pour abattre sans réfléchir des arbres quand les budgets à la culture et à la prospective dévoués à un avenir plus sensible et plus intelligent sont tragiquement asséchés. Or la culture et la prospective judicieusement soutenues sont gardiennes de la cohésion et de la maturation entre les lieux de vie et les habitants. Sous pression abusive de la bétonisation et de l’abattage inconsidéré d’arbres, nous forçons les franciliens à s’enraciner dans des lieux déracinés. D’où le danger croissant de voir la population francilienne exploser comme une supernova et vouloir migrer vers des lieux plus vivables et moins outrageusement spéculés, ce qui prendra à revers toute l’économie de l’immobilier et des aménagements et se traduira par de grands désordres financiers outre les vrais sujets « écologiques » dont on semble faire fi… Nous sommes dans des années cruciales où nous n’avons surtout pas le droit de nous tromper dans les décisions. Notre génération est exposée à des responsabilités politiques outrepassant les mentalités partisanes…

Président de Forêt Citoyenne

Bernard Boisson

Pour en savoir plus et exprimer votre désaccord vous avez accès à la pétition

En cliquant sur l’image ci-dessous vous avez accès à notre vidéo témoignant en particulier de l’appui de Georges Feterman, président de l’association A.R.B.R.E.S avec Louis Vallin vice-président de notre association :

Remerciements à toutes les associations actives à l’évènement dont Boulogne-Environnement, le GNSA, LPO

 

L’information a été relayée par le 20h de France 2, le lundi 2 mars 2020 en fin de journal

 

Manifestation à Clamart pour sa forêt- juin 2019

A l’époque où l’on préconise de développer des trames vertes dans le milieu urbain,  les clamartois apprennent le projet d’une « trame grise » plus large encore dans leur forêt !

Aussi, le samedi  29 juin 2019,  ont-ils manifesté leur opposition à un élargissement de voirie dans le bois de Clamart faisant lui-même partie de la forêt de Meudon. Cet élargissement vise à entamer la forêt plus qu’ils ne le disent, compte-tenu du recul des accotements et des coupes d’arbres induites là où la route est déjà enclavée.

Voir sur YouTube notre reportage vidéo :

Ce mécontentement s’inscrit dans un malaise de plus en plus oppressant des franciliens à avoir le sentiment « d’être mis sous tutelle »  concernant le devenir de leur ville, des espaces verts et des forêts présentes sur leur territoire communal.

En effet certaines communes ne semblent plus gérées comme des villes mais comme des territoires de spéculation foncière livrés aux promoteurs au risque de permis de construire abusivement alloués… La volonté de  densification urbaine induit l’intention d’élargir les voiries sur les derniers espaces non habités, telle la forêt… Mais les habitants ne s’y retrouvent plus du tout et se sentent abusés.

On regrette très vivement l’absence de vision civilisatrice de ceux qui en décident et le trop d’intérêts du BTP prévalant sur les collectivités. On se prend d’envie de nos voisins d’Outre-Rhin ayant moins joué la carte de l’urbanisme concentrationnaire pour mieux optimiser la répartition villes/campagne, si ce n’est la répartition ville/forêt, tandis qu’ils ont de surcroit des réserves naturelles forestières de taille surclassant de loin celles en France pour une population plus nombreuse !

Clamart (Haut-de-Seine)

 

 

 

Déclaration de Forêt Citoyenne – juin 2019

Texte présenté dans le Cahier d’acteur SCOT Métropole Grand Paris :

L’association Forêt Citoyenne vise à sensibiliser, réévaluer, réhabiliter, les forêts, les arbres urbains et ruraux, le bocage, et tous autres ensembles arborés… en tant que paysages et présences vivantes qui, outre toutes valeurs écologiques, détiennent également des influences avérées sur la santé physique, psychique et mentale des êtres humains. De même, au travers de “la fonction sociale” de la forêt et des arbres, il s’agit de revisiter toutes les dimensions des rapports humain/nature propices à l’éveil sensible, au déconditionnement psychologique de sorte d’approfondir l’harmonie entre les ensembles humains et les milieux naturels.
Cette association entend ainsi pourvoir au déficit de représentativité publique et professionnelle dans les décisions de gestions territoriales, à toutes les échelles, concernant les influences des arbres et de la forêt sur les vies humaines, par-delà les seules fonctions récréative, décorative, et compensatrice, des espaces verts et de la verdure. En ce sens, elle vise à ce que l’on ne bride pas les générations futures par des paysages dégradés ou appauvris, en particulier concernant la maturité des arbres et des forêts.
L’association entend favoriser une prise de conscience interdisciplinaire et une juridiction adéquate concernant la gestion des arbres et des forêts dans une cohésion vitalisante du rapport humain/nature et de l’éveil des sensibilités.

Elle souhaite aboutir à une représentativité institutionnelle et professionnelle, dont l’éthique ne sera assujettie à aucun intérêt, concernant les causes qu’elle défend.

La valeur poétique

Nous assistons actuellement à une pression inédite, depuis la seconde guerre mondiale, de coupes sur nos forêts françaises complètement à rebours d’une montée des consciences entrevoyant la fonction sociale bien au-delà de sa seule fonction récréative (sylvothérapie, arts, etc…).
L’espérance de vie de l’arbre en sylviculture descend de plus en plus en dessous de l’espérance de vie humaine, désagrégeant ainsi la valeur de tout sentiment d’immersion en forêt.

Entamer abusivement l’âge des arbres dans les forêts et les espaces urbains contrevient assurément à la valeur poétique des lieux. Parler de valeur poétique (et non esthétique) semble aujourd’hui terriblement suranné devant les intérêts mercantiles. Pourtant elle est inextricablement liée à nos sentiments d’enracinements qui, lorsqu’ils sont entamés, affectent consciemment ou inconsciemment le bien-être de tous.

L’intelligence

A une époque où l’on parle de plus en plus de « l’intelligence des arbres », les citoyens se demandent s’il y a bien « une intelligence de la sylviculture »  qui lui corresponde … La manière de penser l’avenir de nos forêts et de nos espaces arborés urbains est-elle à l’envers des éveils de conscience dans d’autres pays ? Cette question inquiète vivement quand de tels paysages sont impactés à l’échelle des décennies et des siècles.

La sécurité ?

Les arguments de sécurité avancés face à la contestation des riverains des forêts ne sont-ils pas plutôt des profits déguisés ? (coupes sanitaires profitant au bois-énergie, aménagements profitant au BTP…). Le public demande pour le moins des garanties impartiales et une présence participative aux décisions dépassant le niveau d’une consultation formelle dépourvue de suite. Culpabiliser une opinion publique ou l’ignorer en l’accusant de contrevenir à une décision mettant en cause la sécurité sur la base d’arguments abusifs instaure un climat manipulatoire amplifiant les suspicions. Aussi, nous demandons un arbitrage de bienveillance, une transparence, et des expertises garantes de leur désintéressement.

La multifonctionalité

Il est à rappeler que la multifonctionnalité d’une forêt fait que sa valeur patrimoniale est bien supérieure à la valeur de son capital. Une spéculation foncière amenant à préempter de plus en plus sur les espaces verts rendra l’Île-de-France beaucoup moins attractive. L’hyper-fonctionnalité urbaine s’installant au détriment d’espaces verts naturels non-fonctionnels pourtant perçus comme plus relaxants par les citadins (lignes de tramway et voiries en forêt, parkings, multiplication ostentatoire des aménagements…). La densification urbaine en cours promet une intensification du trafic pour un quota d’espaces verts insuffisants. La pollution s’avère déjà manifeste sur la santé et nous perdons l’équilibre favorable à la régulation.

Régulation internationale

Nous nous inquiétons très vivement qu’une dérégulation internationale du marché du bois conduise un organisme comme l’ONF à brader la forêt française pour subvenir à l’équilibre de ses comptes, et que les fonctions écologiques et sociales de nos forêts s’en trouvent sacrifiées. La forêt française semble s’acheminer désormais vers son propre déclin qualitatif, faisant que demain son patrimoine paysager descende de plus en plus au seul niveau du capital-bois. N’oublions pas que si le capital bois est une valeur économique directe intéressant uniquement son producteur, le patrimoine forestier donne à une Région une valeur économique dérivée moins facile à cerner par les chiffres, mais bien réelle ! Aussi, nous demandons que la régulation internationale du marché du bois soit une exigence réclamée à tous les échelons décisionnels, des communes, aux Régions, en passant inévitablement par l’Europe, pour atteindre les traités commerciaux internationaux.

Forêts urbaines

Nous atteignons dans la proche couronne parisienne un niveau de densification urbaine outrepassant le seuil d’équilibre. Nous devrions dans les forêts intra-urbaines (et non plus « péri-urbaines ») préserver une constante de renouvellement de maturité des arbres paysagers en augmentant les âges plutôt que l’inverse.

Le grand blues

Il semble qu’aujourd’hui la gestion au niveau des élites soit trop dans une gestion de sergent et non point dans une vision de général. C’est-à-dire que trop d’actions prévalent sur la maturation. Partout le chef de chantier préempte la voix au civilisateur, et l’avenir de l’Île-de-France semble faire l’objet d’une grande ruade spéculative sans vision judicieuse du futur. Les citoyens veulent des lieux de vie, et on intensifie l’urbanisme-dortoir. Nous nous attendons à ce que la dévaluation qualitative du paysage francilien fasse l’objet d’une grande hémorragie démographique dans un avenir proche. Il va sans dire que la dégradation qualitative de nos forêts de proximité contribueront entre autres à ce grand blues.

Classement en forêt de protection
des forêts du Grand Paris

Pour conclure, nous demandons instamment le classement en forêt de protection au titre de l’article 411-1 du Code forestier des forêts urbaines du Grand Paris :

Forêt de Meudon

Bois de Saint Cucufa (Forêt de la Malmaison)

Forêt de Verrières

Bois de Vincennes

Forêt de Romainville

En effet, selon cet article « peuvent être classées comme forêts de protection, pour cause d’utilité publique après enquête publique, les bois et forêts situés à la périphérie des grandes agglomérations, ainsi que dans les zones où leur maintien s’impose, soit pour des raisons écologiques, soit pour le bien-être des populations ».

Ce classement permet de figer le foncier et d’éviter le mitage et le morcellement progressif et irrépressible des espaces forestiers résultant des projets d’urbanisme et d’infrastructures de transport.

Reconnaître les services écosystémiques de ces forêts (captage de CO2 et de polluants, rôle pour le cycle de l’eau, lieu de quiétude et de ressourcement, refuge pour la nature, ….) est une nécessité.

Par ailleurs, les lisières des espaces boisés doivent être protégées. La limite de la bande de 50 m de protection de la lisière doit figurer sur le plan de zonage de tous les PLU afin de rendre cette mesure réglementaire effective.